rayon de lune

Napoléon à Joséphine

le 13/11/2006 à 19h39

 

Chanceaux, le 24 ventôse, en route pour l'armée d'Italie

Je t'ai écrit de Châtillon, et je t'ai envoyé une procuration pour que tu touches différentes sommes qui me reviennent... Chaque instant m'éloigne de toi, adorable amie, et à chaque instant je trouve moins de force pour supporter d'être éloigné de toi.
Tu es l'objet perpétuel de ma pensée ; mon imagination s'épuise à chercher ce que tu fais. Si je te vois triste, mon coeur se déchire et ma douleur s'accroît ; si tu es gaie, folâtre avec tes amis, je te reproche d'avoir bientôt oublié la douloureuse séparation de trois jours ; tu es alors légère et, dès lors, tu n'es affectée par aucun sentiment profond.
Comme tu vois, je ne suis pas facile à me contenter ; mais, ma bonne amie, c'est bien autre chose si je crains que ta santé soit altérée ou que tu aies des raisons d'être chagrine que je ne puis deviner ; alors je regrette la vitesse avec laquelle on m'éloigne de mon coeur. Je sens vraiment que ta bonté naturelle n'existe plus pour moi, et que ce n'est que tout assuré qu'il ne t'arrive rien de fâcheux que je puis être content. Si l'on me fait la question si j'ai bien dormi, je sens qu'avant de répondre j'aurais besoin de recevoir un courrier qui m'assurât que tu as bien reposé. Les maladies, la fureur des hommes ne m'affectent que par l'idée qu'elles peuvent te frapper, ma bonne amie.
Que mon génie, qui m'a toujours garanti au milieu des plus grands dangers, t'environne, te couvre, et je me livre découvert. Ah ! ne sois pas gaie, mais un peu mélancolique, et surtout que ton âme soit exempte de chagrin, comme ton beau corps de maladie : tu sais ce que dit là-dessus notre bon Ossian.
Écris-moi, ma tendre amie, et bien longuement, et reçois les mille et un baisers de l'amour le plus tendre et le plus vrai.

Georges Sand à Frédéric Chopin

le 13/11/2006 à 19h34

 

Voici la lettre rose que Georges Sand envoya à Frédéric Chopin…

(à lire aussi une ligne sur deux)

 

Je suis heureuse de vous dire que j’ai
bien compris l’autre jour que vous aviez
toujours une folle envie de me faire
danser. Je conserve le souvenir de votre
baiser et j’aimerais que ce soit
une preuve que je suis aimée et désirée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul et si vous voulez vraiment me voir
vous dévoiler sans aucun artifice, mon âme
toute nue, daignez au moins venir chez moi.
Nous bavarderons franchement entre amis.
Je vous prouverais que je suis la femme
capable de vous témoigner l’affection
la plus étroite et la plus profonde
l’épouse la plus fidèle et la plus sûre
que vous puissiez imaginer. Oui, votre
amour sera doux. La solitude qui m’ha-
bite est longue et dure et sûrement bien
affable et mon âme en est fortement é-
branlée ! Venez vite, vous pourrez me la
faire oublier. Et à vous de la sou-
mettre entièrement.

 

George Sand

Lettres intimes (chez Textuel)

le 13/11/2006 à 18h41

 

 Même dans une lettre publique (lettre ouverte par exemple) on s’efforce de nouer une relation avec chacun plutôt qu’avec tous, indifféremment.

 C’est au point que la publication de la correspondance d’un grand homme a toujours quelque chose d’indiscret (qui en fait aussi une partie de l’attrait,avouons-le ...).

 Mais il s’agit aussi d’une communication réfléchie (la communication écrite spontanée relève du billet ou du tag). Il est rare qu’une vraie lettre soit écrite d’un seul jet. Délai (de l’écriture et de l’expédition) et possibilité de correction en sont deux attributs essentiels : ils donnent le temps d’y penser, de se raviser. Il en résulte que pour écrire, il faut se mettre en situation...

 Les écrits restent : écrire une lettre, c’est toujours prendre un risque. Ce n’est pas sans émotion qu’on glisse une lettre dans la fente d’une boite publique : combien ont hésité au moment de le faire, sachant que c’est un geste irréversible (de même que de cliquer sur le bouton « envoyer » du logiciel de messagerie électronique).

 Ce n’est pas sans émotion non plus qu’à l’autre bout on ouvre la lettre, après avoir tenté d’en identifier l’expéditeur... Qu’on n’objecte pas que la lettre peut mentir ou tricher : c’est justement son authenticité présumée qui incite menteurs et tricheurs à en user, non sans risque du reste : que d’efforts pour retrouver, exhiber ou au contraire détruire une lettre compromettante...  

 Écrire, donc, c’est se placer à un niveau supérieur - intellectuel (réflexion), affectif (intimité) et moral (implication)... La lettre n’est pas un objet, c’est un état d’esprit.

 A contrario, ne-pas-écrire, quelle qu’en soit la cause, pratique (pas le temps), intellectuelle (pas le talent), affective (pas le cœur) ou morale (pas le courage), ne-pas-savoir-écrire, c’est ne pas pouvoir accéder à l’intimité réfléchie tout en refusant l’engagement. La lettre, sous une forme quelconque, c’est la littérature, c’est la pensée même, mise à la portée de n’importe qui...

 C’est au point qu’on peut se demander si le déclin de la correspondance ne serait pas tout simplement équivalent à celui de la civilisation, à tout le moins un symptôme de ce déclin...

 

 Louis XV, le marquis de Sade, Marie-Antoinette, Vincent Van Gogh, Napoléon, Stendhal, Darwin, Saint-Exupéry, Colette, Elvis Presley, Edith Piaf, Joseph Staline pour n'en citer que quelques-uns : comment les réunir tous dans un même ouvrage ? Tous ont été sur le devant d'une scène, qu'elle soit artistique, politique ou scientifique. Tous ont marqué nos mémoires. Personnages hors du commun ? Certes. Mais aussi des êtres terriblement - et tout simplement - humains.

 En attestent ces lettres retrouvées : déclarations d'amour, témoignages d'amitié, doux reproches ou durs sermons, Lettres intimes, une collection dévoilée donne à voir en fac-similés près de cinquante lettres inédites du quinzième siècle à nos jours provenant d'une collection privée, dévoilant des liens amoureux, bien sûr, mais aussi des liens d'amitié ou familiaux.

 Chaque fac-similé de lettre est accompagné d'une transcription et d'une notice circonstanciée signée par des spécialistes des correspondants qui resitue le contexte historique, familial etc. et apporte les éclairages nécessaires à la compréhension du geste épistolier dans la vie et l'oeuvre de l'auteur. 

une vie de rien

le 12/11/2006 à 20h33

 

A ces gens-là je dédie cette chanson...

 

je voudrais une vie qui tremble ,
une vie pleine de nuits blanches,
une de ces vies qu'on n'oublie pas,
une vie en habits du dimanche,
je voudrais une vie qui danse,
une vie qui se relève de tout,
une vie qui se retrousse les manches,
une vie qui sait se mettre a genoux,

mais je veux bien d'une vie de rien,
de longs matins ensommeillés
une vie passée entre tes seins,
à étudier ta peau de près,
oui je veux bien d'une vie de rien,
les nuits les jours entremêlés
une vie sans l'ombre d'un destin,
une vie posée entre tes mains

j'voudrais des frissons en pagaille,
des grands bûchés, des feux de paille,
j'voudrais des saveurs a la pelle,
et les faveurs de toutes les belles,
j'voudrais des tas de grands voyages,
des tas de reveils incertains,
j'voudrais une vie des grands chemins,
j'voudrais une vie des beaux rivages,

mais je veux bien d'une vie de rien,
de longs matins ensomeillés
une vie passée entre tes seins,
à étudier ta peau de près...
oui je veux bien d'une vie de rien,
les nuits les jours entremêlés
une vie sans l'ombre d'un destin,
une vie posée entre tes mains

je voudrais une vie qui tremble ,
une vie pleine de nuits blanches,
une de ces vies qu'on oublie pas,
une vie en habits du dimanche,

mais je veux bien d'une vie de rien
   mais je veux bien d'une vie de rien...

 

Julien Clerc

 

Misérable humanité
à l'annulaire muselé 
qui pense avoir gagné
le droit de le pointer 
sur l'amoureuse de liberté 
 
Liberté de ne point souffler 
des bougies à l'heure donnée 
Liberté de ne personne embrasser 
le dernier jour de l'année 

Misérable humanité 
à l'annulaire muselé 
qui pense avoir gagné 
le droit de mal juger 
l'amoureuse du verbe aimer 

 


Je hais les dimanches...

le 12/11/2006 à 17h30

 


"On peut tuer le temps ou soi-même, cela revient au même, strictement."


 


Elsa Triolet

Abstrait

le 12/11/2006 à 16h46

 


La peinture abstraite pourrait-elle être le reflet d'un vécu abstrait ?

Aimer...

le 08/11/2006 à 19h42

 


" Le verbe aimer est difficile à conjuguer : son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif, et son futur est toujours conditionnel. "


Jean Cocteau


 

Ultime paradoxe...

le 07/11/2006 à 15h13

 


 L'angoisse suprême n'est pas de se dire qu'on pourrait en mourir... Non. Elle est celle de se dire que ça pourrait être pire... Y survîvre...

les mots...toujours les maux...

le 05/11/2006 à 16h28

 Rien n'est plus différent de l'amour que l'idée que nous nous en faisons...


La vie est un prisme de temporalités éclatées, distordues, où les apparences se mêlent à la réalité dans un flou nullement artistique.


Les rencontres et les expériences perpétuent ce qui donne un sens à notre vie, et en quelque sorte nous préservent du temps qui nous échappe.


Toute la difficulté consiste à traduire les moindres fluctuations de la pensée et surtout du coeur, en cernant les événements et les sentiments, parce que rien n'est figé et que nous sommes animés d'une mobilité intérieure constante...


Il y a de quoi être perdue.


Les sentiments n'importent que dans la mesure où ils recèlent une vérité fondamentale, une authenticité.


Je n'emprunterai pas le terme de "langage oublié" à Manset, pourtant je rêve de reconstruire le monde par un langage clair...


Des mots...

le 05/11/2006 à 13h44

 

Des mots des grands mots des tout beaux
Qui vous font frissonner et qui font craquer la peau
Des mots pour calmer l'âme des pauvres
Pour piquer aux yeux de petits amoureux
Des mots encore et puis toujours
Heureux ou bien saignants ça dépend du discours
Qui crachent leur foi jusqu'en pleine figure
Pour ne dire rien d'autre que mensonges de plus

Si j'avais su... Si j'avais su... 

Des mots dans les bouches des couloirs du métro
Des mots tout chauds de ceux qu'on vient de nous inventer
Et qu'il va nous en cuire
Qui va nous arriver
Qui raconteront comment est-ce qu'on se fera bouffer
Des mots des vieux mots usés des familles 
Des mots sur le courage, la vie et puis tout çà
Des mots sur le bonheur qui pour une autre fois
Et puisque y'a rien à dire
Fait le nous ton discours

 
Des mots pour flatter les petits animaux
Qui sont déjà bien bêtes à bouffer du foin
Des mots qu'on dit pour un bon locataire
Une bonne année pour vous, pour la terre entière

Si j'avais su... Si j'avais su... 

Des mots pour la petite fiancée
Celle qu'on aurait pas dû laisser tomber
Avec son petit coeur qui rêve sur le pavé
Son petit regard qui sait plus où se poser
Des mots pour la vente générale
Des mots encore en bouillies ou bien en drame
Des mots tout prêts pour les grands abattoirs
Et puiqu'il est bien mort
Fait le nous ton discours


Des mots par pleine charrette
Des mots par plein de paquet
Pour nous rassurer

Je ne me batterai plus... Je ne me batterai plus... 

 

Raphaël

Ne m'habillez pas

le 02/11/2006 à 22h07

 


Ne m'habillez pas. Je veux mourir le corps nu comme un ver.


Ne m'habillez pas. Je veux mourir le coeur nu et avoir froid.


Ne m'habillez pas. Je ne veux de ces mille apparats qui ne me ressemblent pas.


Ne m'habillez pas. Je veux partir comme j'ai vécu dans la misère.


Ne m'habillez pas. Ne me touchez pas. Ne me pleurez pas. Ne me jugez pas.


Ne m'habillez pas. Il est des vies de refus et d'echecs, c'est comme ça.


Ne m'habillez pas. Je ne veux de cette enveloppe marbrière.

 

Oubliez-moi

peut-être une clef...

le 01/11/2006 à 14h28

 


" La sécurité est le pire ennemi des mortels ", disait Hécate, la reine des sorcières, à Macbeth : elle n’aurait pu dire mieux...

Pourquoi ?

le 01/11/2006 à 13h42

 


 Pourquoi la question est-elle souvent plus importante que la réponse ?

 

Comme un guerrier
Qui perd son bras,
Son œil au combat,
A chercher le choc,
Fendre le roc
Comme un guerrier qui tombe.

Un pied dans la tombe,
On se fait mal
Et sifflent les balles,
Le vent, la mitraille,
Le pont, les rails.
Dessous la rivière
Rapide et fière
Rapide et fière.

Une barque t'attend
Et l'indienne est dedans
Avec ses cheveux noirs,
Ses dents d'ivoire.
On a rien à se dire.
Ensemble, on va fuir,
Ensemble, on va fuir.

Comme un guerrier,
Le crâne bandé,
Qu'a plus qu'une heure à vivre
Sur la toile du sac,
Quand la fièvre monte
Au fond du hamac,
C'est comme un guerrier qui raconte sa vie.

Nous prendrons nos fusils,
Marcherons sur l'Asie
Afin de voir s'ils sont heureux,
Afin de voir s'ils sont heureux.

Comme un guerrier,
Condamné, condamné,
Le crâne rasé,
Sous la pluie, l'averse,
Y a le pont qui traverse.
Dessous la rivière,
Rapide et fière.

La barque t'attend
Et l'indienne est dedans
Avec les fusils,
De la poudre et du plomb.
Et y a le garçon blond
Qu'on traîne avec soi
Malgré ses cheveux de soie.

Nous prendrons nos fusils.
Nous savons nous battre aussi
Afin de voir s'ils sont heureux,
Afin de voir s'ils sont heureux.

Comme un guerrier
Qui perd son bras,
Son œil au combat
Mais quand tu t'éveilles,
Que tu vois la bouteille,
La lampe brisée
Sous la moustiquaire,

Alors, t'as perdu la guerre
Et l'indienne est partie.
Elle a jamais vu la mer.
Tu lui avais promis.
Elle en a marre de la misère.
Elle voulait voir les lumières de la ville.
Elle voulait voir les lumières de la ville.

Comme un guerrier
Condamné, condamné,
Avec son œil de verre
Mangé par les vers,
Percé de flèches empoisonnées,
Condamné, condamné,
Avec les ailes brisées.

Tu resteras seul
Avec des mouches plein la gueule,
Les semelles collées
Tu sentiras dans ton dos
Glisser les anneaux
Du serpent froid
Ce s'ra la dernière fois.

Sur la grande rivière,
Le paradis sur la Terre.
T'as l'indienne qui court,
Qui hurle à l'amour,
Aux pierres aux ronces,
Et qu'a pas de réponse,
Et qu'a pas de réponse.

Alors, tu te sens si vieux,
La main devant les yeux.
Le mal te guette
Et ce soir peut-être,
Sous le million d'étoiles,
A pleurer sur le sac de toile,
A pleurer sur le sac de toile.


Gerard Manset

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